Le Jongleur

F François Coppée François Coppée
0 Altın Yaprak
À CATULLE MENDÈS Las des pédants de Salamanque Et de l’école aux noirs gradins, Je vais me faire saltimbanque Et vivre avec les baladins. Que je dorme entre quatre toiles, La nuque sur un vieux tambour, Mais que la fraîcheur des étoiles Baigne mon front brûlé d’amour ! Je consens à risquer ma tête En jonglant avec des couteaux, Si le vin, ce but de la quête, Coule à gros sous sur mes tréteaux. Que la bise des nuits flagelle La tente où j’irai bivaquant, Mais que le maillot où je gèle Soit fait de pourpre et de clinquant ! Que j’aille errant de ville en ville, Chassé par le corrégidor, Mais que la populace vile M’admire, ceint d’un bandeau d’or ! Qu’importe que sous la dentelle, Devant mon cynisme doré, Les dévotes de Compostelle Se signent d’un air timoré, Si la gitane de Cordoue, Qui sait se mettre sans miroir Des accroche-cœurs sur la joue Et du gros fard sous son œil noir, Trompant un hercule de foire Stupide et fort comme un cheval, M’accorde un soir d’été la gloire D’avoir un géant pour rival ! Croule donc, ô mon passé, croule, Espoir des avenirs mesquins, Et que je tienne enfin la foule Béante sous mes brodequins ! Que je la voie, ardente, suivre Le cercle pur que décriront Les sonores poignards de cuivre Sur ma tête envolés en rond, Et que, l’œil fou de l’auréole Qu’allume ce serpent vermeil, Elle prenne un jour pour idole Le fier jongleur, aux dieux pareil !

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