Les caresses

S Sully Prudhomme Sully Prudhomme
0 Altın Yaprak
Les caresses ne sont que d’inquiets transports, Infructueux essais du pauvre amour qui tente L’impossible union des âmes par les corps. Vous êtes séparés et seuls comme les morts, Misérables vivants que le baiser tourmente ! O femme, vainement tu serres dans tes bras Tes enfants, vrais lambeaux de ta plus pure essence : Ils ne sont plus toi-même, ils sont eux, les ingrats ! Et jamais, plus jamais, tu ne les reprendras, Tu leur as dit adieu le jour de leur naissance. Et tu pleures ta mère, ô fils, en l’embrassant ; Regrettant que ta vie aujourd’hui t’appartienne, Tu fais pour la lui rendre un effort impuissant : Va ! Ta chair ne peut plus redevenir son sang, Sa force ta santé, ni sa vertu la tienne. Amis, pour vous aussi l’embrassement est vain, Vains les regards profonds, vaines les mains pressées : Jusqu’à l’âme on ne peut s’ouvrir un droit chemin ; On ne peut mettre, hélas ! Tout le coeur dans la main, Ni dans le fond des yeux l’infini des pensées. Et vous, plus malheureux en vos tendres langueurs Par de plus grands désirs et des formes plus belles, Amants que le baiser force à crier : « Je meurs ! » Vos bras sont las avant d’avoir mêlé vos coeurs, Et vos lèvres n’ont pu que se brûler entre elles. Les caresses ne sont que d’inquiets transports, Infructueux essais d’un pauvre amour qui tente L’impossible union des âmes par les corps. Vous êtes séparés et seuls comme les morts, Misérables vivants que le baiser tourmente.

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