La bruyère

S Sabine Sicaud
0 Altın Yaprak
Ô bruyère, bruyère, Je croyais te connaître et je ne savais rien De cette odeur mêlée à la rumeur légère Qui vient du fond des pignadas, qui vient Des longs pays qui sont les tiens, bruyère… – Je connaissais ta petite âme de chez nous, Ta petite âme éparse au pied de chênes roux Et de sorbiers déjà couleur d’automne… – Mais ce rose éclatant, ces violets pourprés, Ces épis de corail aux grains serrés, Cette lumière en fins grelots qui sonnent, Les trouve-t-on chez nous, même l’automne ? – Ici, les pins tendent si haut leurs parasols Que les vents de la dune se prélassent Et que le soleil joue à pile ou face, Librement, sur tes chauds tapis couvrant le sol… – Et c’est comme une flamme au ras des sables, Un couchant rouge et mauve interminable Sous les hauts parasols, Quand tu fleuris, bruyère… – Tes fleurs… tes fleurs sont le tapis D’un temple ouvert, bourdonnant de prières… Entre les piliers bruns, des parfums assoupis D’encens et de résine, Des parfums d’immortelle et de mousse marine Accompagnent le tien, bercé dans l’air… – Et ton âme d’ici, je la découvre De ce wagon-joujou courant près de la mer, Au seuil de ces pays roses et verts Qui s’ouvrent Sur le vert et le rose argentés de la mer… Côte d’Argent, 1925

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