Nuits où meurent l’azur, les bruits et les contours, Où les vives clartés s’éteignent une à une, Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour Descendent mollement et dansent à la l…
Fille d’un prince roumain et petite-fille d’un pacha turc, Ana-Elisaveta Bibescu Basarab Brâncoveanu naît à Paris le 15 novembre 1876. Elle a une enfance privilégiée. Plusieurs précepteurs se chargent de son éducation et de son instruction, ainsi que de celles son frère aîné et de sa sœur cadette, les initiant tout particulièrement à l’art, à la musique et à la poésie. La famille passe l’hiver à Paris et le reste de l’année dans sa propriété près d’Évian, la Villa Bessaraba à Amphion, sur la rive française du lac Léman. En 1897 elle épouse un descendant du Duc de Noailles et devient la comtesse Anna de Noailles. Le couple a un seul fils. Elle adopte la France et sa langue pour sa vie et ses écrits avant même son mariage avec le comte français. Poétesse et romancière elle est une figure littéraire de premier plan en France dans la période qui précède la Première Guerre mondiale. Femme de grande culture, séduisante et au charme oriental, elle compte parmi ses amis les romanciers Marcel Proust et Colette, les poètes Paul Valéry et Jean Cocteau et le politicien Georges Clemenceau. Dès 1900, son salon littéraire de l’avenue Hoche est l’une des plus célèbres rencontres culturelles parisiennes. Il est fréquenté par l’élite intellectuelle et artistique de la capitale : André Gide, Edmond Rostand, Léon Daudet, Paul Claudel, René Benjamin, Frédéric Mistral, Robert de Montesquiou, Max Jacob, François Mauriac, pour en citer quelques uns. Ses recueils de poèmes, » Le Coeur innombrable » (1901), « Les Éblouissement »s (1907) et « L’Honneur de souffrir » (1927), sont empreints d’un amour sensuel de la nature. Cette nature sauvage et apaisante du bord du lac Léman en contraste avec l’environnement urbain parisien auquel elle ne se fera jamais. Son lyrisme s’inspire des thèmes romantiques des poètes du XIXe siècle, Alfred de Vigny et Alphonse de Lamartine. Son œuvre développe, d’une manière très personnelle, les grands thèmes de l’amour, de la nature et de la mort. Outre un grand nombre de poèmes, Anna de Noailles écrit aussi trois romans et une autobiographie. Elle reçoit plusieurs prix littéraire et elle est la première femme élevée au grade de commandeur de la Légion d’honneur ainsi que la première femme élue à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique. En 1904, avec d’autres femmes, elle crée le prix « Vie Heureuse », qui deviendra en 1922 le prix Fémina, récompensant la meilleure œuvre française écrite en prose ou en poésie. Affaiblie par des problèmes récurrents de santé, Anna de Noailles se retire peu à peu dans sa chambre, où elle écrit et reçoit ses invités. Elle meurt à Paris le 30 avril 1933. Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise. Son cœur repose dans une urne placée au centre du temple du parc de la Villa Bessaraba à Amphion-les-Bains, son ancienne demeure en Haute-Savoie. Les poèmes d’Anna de Noailles
Anna de Noailles şiirleri
Heureux qui dans sa ville, hôte de sa maison, Dès le matin joyeux et doré de la vie Goûte aux mêmes endroits le retour des saisons Et voit ses matinées d’un calme soir suivies.…
Nuit sainte, les amants ne vous ont pas connue Autant que les époux. C’est le mystique espoir De ceux qui tristement s’aiment de l’aube au soir, D’être ensemble enlacés sous votre…
Rire ou pleurer, mais que le coeur Soit plein de parfums comme un vase, Et contienne jusqu’à l’extase La force vive ou la langueur.…
Voici venu le froid radieux de septembre : Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ; Mais la maison a l’air sévère, ce matin, Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.…
Couples fervents et doux, ô troupe printanière ! Aimez au gré des jours. — Tout, l’ombre, la chanson, le parfum, la lumière Noue et dénoue l’amour.…
Mon coeur tendu de lierre odorant et de treilles, Vous êtes un jardin où les quatre saisons Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles Et des pommes de pin, dansent sur le g…
Je m’appuierai si bien et si fort à la vie, D’une si rude étreinte et d’un tel serrement Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie Elle s’échauffera de mon enlacement.…
Ma France, quand on a nourri son coeur latin Du lait de votre Gaule, Quand on a pris sa vie en vous, comme le thym, La fougère et le saule,…
Mon coeur est un palais plein de parfums flottants Qui s’endorment parfois aux plis de ma mémoire, Et le brusque réveil de leurs bouquets latents – Sachets glissés au coin de la pr…
Le visage de ceux qu’on n’aime pas encor Apparaît quelquefois aux fenêtres des rêves, Et va s’illuminant sur de pâles décors Dans un argentement de lune qui se lève.…
Dans le jardin, sucré d’œillets et d’aromates, Lorsque l’aube a mouillé le serpolet touffu, Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates, Chancellent, de rosée et de sève pourv…
C’est l’hiver sans parfum ni chants. Dans le pré, les brins de verdure Percent de leurs jets fléchissants La neige étincelante et dure.…
Voici l’été encor, la chaleur, la clarté, La renaissance simple et paisible des plantes, Les matins vifs, les tièdes nuits, les journées lentes, La joie et le tourment dans l’âme r…
Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent, Nul n’aura comme moi si chaudement aimé La lumière des jours et la douceur des choses, L’eau luisante et la terre où la vie a ger…
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