À la nuit

A Anna de Noailles Anna de Noailles
0 Altın Yaprak
Nuits où meurent l’azur, les bruits et les contours, Où les vives clartés s’éteignent une à une, Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour Descendent mollement et dansent à la lune. Jardin d’épais ombrage, abri des corps déments, Grand cœur en qui tout rêve et tout désir pénètre Pour le repos charnel ou l’assouvissement, Nuit pleine des sommeils et des fautes de l’être. Nuit propice aux plaisirs, à l’oubli, tour à tour, Où dans le calme obscur l’âme s’ouvre et tressaille Comme une fleur à qui le vent porte l’amour, Ou bien s’abat ainsi qu’un chevreau dans la paille. Nuit penchée au-dessus des villes et des eaux, Toi qui regardes l’homme avec tes yeux d’étoiles, Vois mon cœur bondissant ivre comme un bateau, Dont le vent rompt le mât et fait claquer la toile. Regarde, nuit dont l’œil argente les cailloux, Ce cœur phosphorescent dont la vive brûlure Éclairerait ainsi que les yeux des hiboux L’heure sans clair de lune où l’ombre n’est pas sûre. Vois mon cœur plus rompu, plus lourd et plus amer Que le rude filet que les pêcheurs nocturnes Lèvent, plein de poissons, d’algues et d’eau de mer Dans la brume mouillée agile et taciturne. À ce cœur si rompu, si amer et si lourd, Accorde le dormir sans songes et sans peines, Sauve-le du regret, de l’orgueil, de l’amour, Ô pitoyable nuit, mort brève, nuit humaine !…

Kamu malı: şairin ölümünün üzerinden 70 yıldan fazla geçti.

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