Les oies inquiètes

G Gaston Couté
0 Altın Yaprak
Les oies qui traînent dans le bourg Ainsi que des commères grasses Colportant les potins du jour, En troupeaux inquiets s’amassent. Un gros jars qui marche devant Allonge le cou dans la brume Et frissonne au souffle du vent De Noël qui gonfle ses plumes… Noël ! Noël ! Est-ce au ciel Neige folle Qui dégringole, Ou fin duvet d’oie Qui vole. Leur petit œil rond hébété A beau s’ouvrir sans trop comprendre Sur la très blanche immensité D’où le bon Noël va descendre, A la tournure du ciel froid, Aux allures des gens qui causent, Les oies sentent, pleines d’effroi, Qu’il doit se passer quelque chose. Les flocons pâles de Noël – Papillons de l’Hiver qui trône – Comme des présages cruels S’agitent devant leur bec jaune, Et, sous leur plume, un frisson court Qui, jusque dans leur chair se coule. L’heure n’est guère aux calembours, Mais les oies ont la chair de poule. Crrr !… De grands cris montent parmi L’aube de Noël qui rougeoie Comme une Saint-Barthélemy Ensanglantée du sang des oies ; Et, maintenant qu’aux poulaillers Les hommes ont fini leurs crimes, Les femmes sur leurs devanciers Dépouillent les corps des victimes.

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